John Steele

John Steele, plus connu comme le “parachutiste du clocher” est devenu l’une des icônes du Débarquement en Normandie. Un mannequin commémorant sa mésaventure toise encore Sainte-Mère-Eglise de son perchoir sur l’église du village, plus de 80 ans après les évènements du 6 juin 1944. Voici son histoire.
John Steele du 505th PIR/82nd Airborne Division en 1942
John Marvin Steele, 1942

John Marvin Steele est né à Métropolis, dans l’Illinois le 29 novembre 1912. John s’engage dans les troupes aéroportées en 1942. Intégré au sein du 505th PIR de la 82nd AB, il débarque en Afrique du Nord en mai 1943. Après quelques semaines passées au Maroc, il saute sur la Sicile le 9 juillet 1943, où il se brise la jambe gauche. Rapatrié dans un hôpital en Tunisie, il rejoint son unité en Italie en septembre 1943, où il participe aux combats de Salerne et de Naples.  Avec son régiment, il rejoint les îles Britanniques en novembre 1943. Prochaine étape: le Débarquement en Normandie, le D-Day.

Sainte-Mère-Eglise, nom de code Brooklyn

En cette nuit de pleine lune du 5 au 6 juin 1944, quelques soldats allemands appartenant à la 91e Luftlande Division occupent le paisible village de Sainte-Mère-Eglise. Perchés dans le clocher de l’église « Notre-Dame-de-l’Assomption », le caporal-chef Rudolf May et son jeune camarade Heinz Strangfeld, montent la garde. À la tombée de la nuit, de violentes lueurs illuminent brusquement la place de l’église, une maison est en feu ! C’est celle de Julia Pommier. Alertés, quelques pompiers récupèrent une pompe à bras et se précipitent dans le parc de la Haule, lieu du mystérieux incendie (emplacement actuel du musée). Les flammes de plus en plus vives, se propagent de la maison en pierre à une grange attenante formant ainsi un immense brasier qui illumine tout le village. Le tocsin retentit ! Mrs Maury et Deloeuvre -les deux chefs de la résistance locale- ainsi que de nombreux habitants accompagnés du maire Alexandre Renaud, viennent en aide aux pompiers. Formant une chaine avec leurs seaux à eau, les habitants tentent vainement de stopper le brasier. La nuit la plus longue vient de commencer.

Les premiers atterrissages: la 101st Airborne Division

A 1h20 du matin, le 6 juin 1944 à la surprise générale, de nombreux avions passent en rase-mottes au-dessus des habitations. Dans un vacarme assourdissant, en longues vagues venant de l’ouest, il s’agit des premiers C-47 « Skytrain » qui larguent une multitude de corolles vertes et blanches gonflées par le vent. Les soldats allemands tirent de toutes parts tandis que dans l’affolement général, les civils hébétés par le spectacle qui se déroule au-dessus de leurs têtes, courent se mettre à l’abri. C’est enfin le Débarquement tant espéré!

En effet, les premiers parachutistes américains à toucher le sol de Sainte-Mère-Eglise, sont des « Screaming Eagles » de la Fox Company du 2/506th PIR de la 101st Airborne Division !

Au moins 6 avions de la mission « Albany », larguent par erreur leurs sticks au-dessus du village. Immédiatement les parachutistes de la 101st Airborne se rendent compte qu’ils n’ont pas été largués au bon endroit ! Ces nombreux largages hasardeux sont notamment dus à la conjonction d’une masse nuageuse très dense et d’une défense anti-aérienne allemande très présente et efficace qui disloque les formations aériennes. Les C-47 du 439th TCG, serial 12, chalk 74, 75, 76, 78, 79 et 81 qui devaient initialement se diriger sur la DZ C de Hiesville, larguent sur Sainte-Mère-Eglise. Les parachutistes des sticks 74 et 75 atterrissent essentiellement sur la place autour de l’église. Au moins quatre parachutistes, le Pvt Hult, les Pfc Hale, Buchter et Kermode sont tués. A l’entrée sud du village, un C-47 en flamme, touché par les tirs de Flak s’écrase dans un champ. Il s’agit de l’avion 42-100876 piloté par le 2nd LT Marvin F. Muir dont les membres d’équipage et un parachutiste qui n’a pas pu sauter à temps meurent dans le crash!

L’arrivée du stick du 505th PIR/82nd Airborne Division de John Steele

Une trentaine de minutes plus tard, à 1h51, une deuxième vague d’avions de la mission « Boston » du 316th TCG qui transporte les « All American » du 2/505th PIR de la 82nd Airborne, passe également au-dessus du village. Le C-47 42-23505, piloté par le 1st-Lt Calvin S. Heinlein largue à son tour un stick de 16 parachutistes de la Fox Company.

Le vétérinaire du village, le docteur Monnier, angoissé par le vacarme ambiant, décide avec sa femme et sa fille de se mettre à l’abri dans une « tranchée » creusée au fond du jardin. C’est à ce moment précis que le Pfc Clifford A. Maughan atterrit à quelques mètres de l’endroit où sont retranchés  les membres de la famille Monnier. Le lieutenant Werner, un officier allemand logeant sur place, se précipite arme à la main et parvient à faire prisonnier le parachutiste encore emmêlé dans son équipement. Le docteur s’interpose et crie « Ne tirez pas ! Ne tirez pas ! Les deux soldats ennemis se font face, la tension est palpable. La fille du docteur qui parle anglais sert de traductrice. Après un bref échange, l’Américain explique qu’une force aéroportée très importante est lâchée sur le secteur et qu’il ne s’agit pas d’un exercice. Après quelques instants de réflexion, l’officier allemand prend la mesure du danger retourne son arme et se constitue prisonnier à son tour !

Le 2nd Lt Harold O. Cadish, l’officier du stick, ainsi que les Pvt Ladislaw Tlapa, Harvey T. Bryant, Charles P. Blankenship et Penrose D. Shearer, restent accrochés aux arbres et aux poteaux électriques bordant la place autour de l’église et sont abattus à bout portant. Le Pfc Alfred J. Van Holsbeck tombe dans les flammes de la maison en feu ! Le Pvt Ernest R. Blanchard bloqué dans un arbre, se tranche un doigt alors qu’il tente de se libérer de son harnais de parachute. Le Pfc John M. Steele blessé par un éclat lors de la descente, reste suspendu par son parachute au clocher de l’église, à demi-conscient, tandis que son camarade, le Pvt Kenneth E. Russell, atterrit également sur le toit de l’édifice religieux, au-dessus de la porte d’entrée principale. Au même instant, le Sgt John P. Ray se pose au milieu de la place à quelques mètres d’un soldat allemand. Essayant temps bien que mal de se libérer de son pesant équipement, Ray parvient à s’emparer de son colt 45 et tire sur le soldat allemand qui voulait abattre Russell encore suspendu dans son harnais. Des tirs éclatent, Russell en profite pour se libérer tandis que Ray grièvement blessé, s’effondre. Laissé pour mort, Ray sera évacué quelques heures plus tard avant de succomber de ses blessures le 13 juin 1944. Quant au reste du stick, à savoir le T/4 Edward J. White, le Corporal Vernon L. Francisco et les Pvt Philip M. Lynch, Steven Epps et Daryle E. Whitfield, ils atterrissent sains et saufs entre l’église et le cimetière. 

Les parachutistes américains du 505th PIR/82nd Airborne Division John Ray, Philip Lynch, John Steele, Vernon L. Francisco en 1944.
De gauche à droite: John Ray, Philip Lynch, John Steele et Vernon L. Francisco, 1944

La fin des péripéties

De son côté, John Steele, après avoir fait le mort pendant une quarantaine de minutes suspendu au clocher, est finalement remonté et fait prisonnier par Strangfeld et May. Craignant de se faire tuer par les parachutistes américains qui continuent d’affluer à Sainte-Mère-Eglise, les deux soldats allemands prennent la fuite et rejoignent le camp de Fauville, à 2km au sud du village. Là-bas, ils emprisonnent Steele avec quelques autres parachutistes. Ce dernier parvient à s’évader deux jours plus tard, malgré sa blessure à la jambe, et rejoint ses lignes. En septembre 1944, John Steele est parachuté en Hollande, et participe à la libération de la ville de Nimègue. En décembre 1944, il participe à la bataille des Ardennes en Belgique et termine son périple en Allemagne en avril 1945. En septembre 1945, il est démobilisé et retrouve la vie civile.

Le jour le plus long

A la fin des années 50, l’auteur Cornelius Ryan, alors en plein dans la rédaction d’un roman historique qu’il intitule “The Longest Day”, envoie un questionnaire à un certain nombre de vétérans américains. L’une des questions était “Où étiez-vous le 6 juin 1944 à minuit?”. Steele répond sans hésiter “Accroché au clocher de Sainte-Mère-Eglise”. Fasciné par ce qui semble être une anecdote extraordinaire, Ryan interview Steele, et inclut son histoire dans le livre. Ce dernier sera adapté au cinéma par Darryl Zanuck.

« Le jour le plus long » sorti en 1962, est un succès planétaire. L’une des séquences les plus mémorables n’est autre que la reconstitution de la mésaventure de John Steele, filmée sur place à Sainte-Mère-Eglise. Il devient ainsi le symbole médiatisé de tous ces parachutistes tombés de nuit dans un milieu hostile loin de leurs familles. John participe à plusieurs reprises, aux commémorations du Débarquement en Normandie et il est présent lors de l’inauguration du musée le 6 juin 1964.

Image d'archive du tournage du film Le jour le plus long de Darryl Zanuck à Sainte-Mère-Eglise en 1961
Tournage du film Le jour le plus long à Sainte-Mère-Eglise

La postérité de Steele

Il assiste à l’inauguration de l’Airborne Museum en 1963, à l’occasion de laquelle il donne quelques interviews à des médias francophones. Puis, quelques années plus tard, en 1969, il meurt des suites d’un cancer, à l’âge de 57 ans. Pour ses actions, John M. Steele a été décoré notamment de la Bronze Star Medal pour sa bravoure et de la Purple Heart pour blessures aux combats.

L’Airborne Museum présente dans le pavillon Neptune certains des effets personnels de Steele, tels que ses décorations, son journal de bord et ses bottes de saut.

Effets personnels dont médailles et bottes de saut de John Steele, 505th PIR/82nd Airborne Division, exposés à l'Airborne Museum de Sainte-Mère-Eglise
Effets personnels du soldat John Steele exposés à l’Airborne Museum

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