106th Infantry Division

106th Infantry Division

La 106th Infantry Division de l’armée américaine occupe une place particulière dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, non pas en raison de grandes victoires offensives, mais à cause du drame militaire qu’elle connut lors de l’offensive allemande des Ardennes. Son parcours illustre à la fois les limites d’une division inexpérimentée engagée trop tôt dans un secteur critique et la capacité de l’armée américaine à se réorganiser après une défaite sévère.

La division est activée le 15 mars 1943 à Fort Jackson, en Caroline du Sud. Surnommée la Golden Lion Division, elle est composée majoritairement de soldats jeunes et peu aguerris, issus pour beaucoup de la conscription. Son entraînement est long mais inégal, et la division ne bénéficie ni de l’expérience du combat ni de cadres ayant déjà servi en Europe à grande échelle. Après sa formation, elle est envoyée en Angleterre à l’automne 1944, puis transférée sur le continent en décembre 1944, peu avant l’attaque allemande dans les Ardennes.

À son arrivée au front, la 106th Infantry Division se voit confier un secteur réputé calme dans la région de la Schnee Eifel, à l’est de Saint-Vith, le long de la frontière germano-belge. Ce secteur, tenu jusque-là par des unités plus expérimentées, est considéré comme secondaire et sert de zone de repos. En réalité, il se trouve directement sur l’axe d’effort de l’offensive allemande planifiée par Hitler. La division est déployée sur un front trop large, dans un terrain boisé et vallonné, avec des positions défensives incomplètes et des communications fragiles.

Le 16 décembre 1944, lorsque débute la bataille des Ardennes, la 106th Infantry Division est frappée de plein fouet par l’assaut massif de forces allemandes expérimentées, notamment des unités de la 5. Panzerarmee. Deux de ses régiments, les 422nd et 423rd Infantry Regiments, sont rapidement isolés dans la Schnee Eifel. Privés de ravitaillement, d’appui d’artillerie efficace et d’ordres clairs, ils tentent de percer pour rejoindre les lignes américaines, mais sont encerclés après plusieurs jours de combats désespérés dans des conditions hivernales extrêmes. Le 19 décembre 1944, environ 7 000 soldats de la division sont contraints de se rendre, constituant la plus grande capitulation de troupes américaines en Europe durant toute la guerre.

Le 424th Infantry Regiment, quant à lui, parvient à se replier et participe à la défense acharnée de Saint-Vith, contribuant à retarder l’avance allemande. Cette résistance, bien que moins connue, joue un rôle important dans le ralentissement de l’offensive ennemie et permet aux forces américaines de se réorganiser.

Après la catastrophe de la Schnee Eifel, la 106th Infantry Division est pratiquement détruite en tant qu’unité combattante. Cependant, l’armée américaine décide de la reconstituer. De nouveaux effectifs sont intégrés, des cadres expérimentés sont affectés, et la division retourne progressivement au combat au début de 1945. Elle participe alors à des opérations défensives et offensives secondaires en Allemagne de l’Ouest, contribuant à la progression alliée sans retrouver un rôle de premier plan.

Sur le plan des états de service, la division reçoit le crédit de campagne Ardennes-Alsace, malgré la défaite initiale, ainsi que celui de l’Europe centrale pour ses opérations ultérieures. Si son bilan militaire est lourdement marqué par la reddition massive de décembre 1944, l’historiographie moderne tend à nuancer le jugement porté sur la 106th Infantry Division. Les historiens soulignent aujourd’hui que ses soldats ont été placés dans une situation presque intenable, face à un ennemi supérieur en nombre, mieux préparé et bénéficiant de l’effet de surprise, dans un secteur mal adapté à une division novice.

Ainsi, la 106th Infantry Division demeure un symbole tragique de la bataille des Ardennes, rappelant que la guerre ne se résume pas aux succès éclatants, mais aussi aux erreurs de commandement, aux limites de l’expérience et au prix humain payé par des soldats engagés dans des circonstances extrêmes.

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